, , publié 01/16/2020

Par Andrew Berthoff

Ce billet de blogue écrit par Andrew Berthoff, chef des Communications et du Marketing de la SOCAN, a été publiée sur le site web du Toronto Star le 14 janvier 2020, ainsi que dans la version imprimée du quotidien le même jour.

J’avais 14 ans et j’habitais la banlieue de St-Louis, Missouri, quand j’ai entendu parler de Rush pour la première fois.

C’est mon ami Bret qui m’a parlé de cet étrange trio canadien. Bret les connaissait parce que sa très cool grande sœur, férue de Zeppelin, Steely Dan et des Moody Blues, avait acheté leur album A Farewell to Kings.

Il a fallu peu de temps avant que notre petit groupe d’amis aussi socialement maladroits qu’intelligents se réunisse pour écouter les sillons de Hemispheres, envoûtés par les paroles et la virtuosité percussive de Neil Peart, le batteur de Rush.

Soudainement, nous étions notre propre petite clique. C’était devenu cool d’être marginal. C’est surtout Peart qui nous a attirés vers le Canada.

Et comme si ça n’était pas suffisant, mon côté « nerd » musical a décidé d’apprendre à jouer de la cornemuse et j’étais aussi passionné par cet instrument que je pouvais l’être par le mysticisme des paroles de Peart, les « riffs » à deux manches de Lifeson et l’improbable amalgame de la voix de fausset et du jeu de basse de Lee. Cornemuse et Rush : les improbables mots-clés de mon adolescence.

Ces beaux jours de l’ère pré-Internet nous ont rendus curieux d’en savoir toujours plus à leur sujet. Geddy ? Des références poétiquement romantiques au sujet du « Kubla Khan » de Coleridge ? Cygnus ? Où étaient donc situés ce Lakeside Park et ses fantastiques saules bercés par une douce brise ? Et comment prononce-t-on « Peart », exactement ? Pert? Pea-art? Est-ce qu’un parolier cool à la moustache satinée parviendrait à le faire rimer avec « heart » ?

Une chose était certaine : l’art était au cœur de Peart.

De fil en aiguille, j’ai découvert et apprécié de plus en plus de musique canadienne. April Wine. Max Webster. Neil. Joni. J’étais mystifié par la référence au « lait au chocolat Becker’s » dont il était question dans la pochette d’un de leurs albums.

Nous avons assisté à deux concerts de Rush : en décembre 1978 au Checkerdome et en février 1980 au Keil Auditorium. En 1980, ils ont joué trois soirs à guichets fermés grâce à leur solide armée de « fans » dans la région dont Bret, Keith, Rick, Matt et moi-même faisions évidemment partie.

À cette époque, le Permanent Waves de Rush était à la fois un présage et un antidote au New Wave. Comme le suggère ironiquement le titre de l’album, Rush entendait demeurer fidèle à ses racines malgré le fait que tout ce qui était « cool » provenait désormais du Royaume-Uni et de tous ces groupes délicieusement synthétiques.

J’ai entrepris mes études universitaires au Minnesota et c’était encore moins « cool » d’aimer Rush. Après avoir avoir perçu un léger compromis musical signalé par un vidéoclip pour la pièce The Big Money (encore de l’ironie), j’ai délaissé le groupe à la faveur d’artistes locaux comme Prince et The Time tout en m’imbibant des Cure, Echo & The Bunnymen et autres REM.

Mon intérêt pour le Canada, dont Rush était à l’origine, s’est maintenu, lui. C’est grâce à la cornemuse que j’ai découvert que le Canada comptait parmi ses citoyens les meilleurs cornemuseurs d’Amérique du Nord et la scène musicale pour cet instrument y était florissante ; je voulais en faire partie.

De temps en temps, je me rendais en Ontario avec mon père pour participer à des compétitions de cornemuse dans des villes comme Cambridge, Dutton ou Maxville. Des heures de route à 90 km/h dans notre Dodge Aspen de couleur ocre dépourvue d’une radio.

Mon cœur faisait un bond lorsque nous apercevions Toronto, au loin, sur l’autoroute 401. Était-ce vraiment les mêmes tours d’habitations que sur la pochette de A Farewell to Kings ? Les yeux rivés sur la voie de la moindre résistance.

Le Canada conservait son côté « cool ». Moins d’un an après avoir terminé mes études universitaires, j’ai réalisé mon rêve subconscient et je me suis retrouvé à Toronto pour de bon. C’était en mai 1988 et j’ai même habité le même quartier, Willowdale, que Alex et Geddy pendant plusieurs années. Je suis devenu citoyen canadien en 1995 et je ne bougerai pas d’ici.

J’ai continué à découvrir et aimer la musique canadienne et j’ai fini par transposer cet amour ainsi que ma carrière dans les communications et le marketing dans un autre de mes rêves subconscients : travailler pour les auteurs, compositeurs et éditeurs de musique canadiens en me battant pour leurs droits et en vantant leurs réussites.

Quand je feuillète le livre de mon histoire, je n’ai d’autre choix que de donner beaucoup de crédit à cette époque lointaine en banlieue de St-Louis. Je remercie ce « power trio » si exceptionnellement irrésistible de m’avoir fait découvrir son art et d’avoir su rendre le Canada si attirant à mes yeux grâce à sa musique et aux textes de Peart.