La diffusion continue exige un nouveau modèle d’affaires

publié 11/5/2014

Par Terry McBride

La diffusion continue est l’avenir de la consommation de musique.

D’après les chiffres de Nielsen de 2013, la diffusion continue de musique a augmenté de 32 pour cent par rapport à l’année précédente à 118,1 milliards de diffusions. Dans l’ensemble, les ventes de musique ont fléchi de 6,3 pour cent à environ 1,5 milliard de pistes, d’albums et de vidéos. Les ventes numériques de musique (les téléchargements) ont également chuté, soit de 6 pour cent, environ au même rythme.

L’Association de l’industrie du disque d’Amérique du Nord (RIAA) a récemment annoncé que les revenus des services de diffusion continue de musique ont surpassé ceux des ventes de CD, et se situent à un cheveu des ventes totales de musique sur support matériel. La RIAA affirme également que la diffusion continue représentait désormais 27 pour cent des revenus de l’industrie du disque dans la première moitié de 2014, contre 20 pour cent l’année précédente.

Environ 35 pour cent des revenus de ma maison de disques, Nettwerk Records, proviennent déjà de la diffusion continue, et cette proportion ne fera qu’augmenter dans les années à venir.

Lorsque la musique est diffusée en ligne, les auteurs-compositeurs en Amérique du Nord sont actuellement en grande majorité sous-payés pour la musique qu’ils créent, des fractions de millième de cent pour chaque diffusion continue (bien que, comme  le chef de la direction de la SOCAN Eric Baptiste l’a souligné dans le dernier blogue de la SOCAN, il y ait des raisons à cela). Il en va généralement de même pour les interprètes et les petites maisons de disques dont la musique est diffusée en ligne. C’est pourquoi la diffusion continue ne compense pas le déclin des ventes matérielles et des téléchargements en Amérique du Nord.

La solution à ce problème pour les compagnies de disques est de demander un pourcentage des revenus gagnés par les entreprises de diffusion continue au lieu d’un pourcentage « par écoute » (ou dans ce cas, « par diffusion »). La solution doit également créer des accords équitables entre les étiquettes et leurs artistes leur assurant d’être correctement rémunérés après de telles négociations.

Il y a une bonne part de résistance générationnelle à cette idée. Les générations passées croient fermement que les taux de rémunération sur les enregistrements doivent être établis par un organisme de réglementation gouvernemental. Mais dans le monde en ligne, où les frontières ont de moins en moins de signification, où une chanson peut être diffusée à une seule personne au lieu de l’être à des centaines de milliers comme à la radio, et où les revenus des entreprises de diffusion continue sont écrasés par de nombreux autres beaucoup plus importants comme ceux des médias traditionnels comme la télévision et la radio, le seul moyen concret d’avancer est d’abandonner la réglementation fondée sur les fractions de cent et de négocier des accords de pourcentage directement avec les sociétés de diffusion continue. En plus du paiement pour accéder à leur musique, les grandes étiquettes de disques tirent déjà des revenus des entreprises de diffusion continue de musique.

Cette approche peut fonctionner. En fait, elle le fait déjà. Les pays nordiques européens constatent une croissance de la diffusion continue de musique, et leurs artistes y trouvent une part importante de leur gagne-pain. L’industrie norvégienne du disque constate que les revenus de la diffusion continue étaient en hausse de 66 pour cent dans la première moitié de 2013. Les revenus de la diffusion continue représentent les deux tiers des revenus totaux de la musique en Norvège. Il en va de même en Suède, en Finlande et au Danemark. L’industrie musicale de la Suède a repris un taux de croissance dans les deux chiffres, même si environ 90 pour cent de la musique consommée dans ce pays provient de la diffusion continue.

En comparaison, si le principe de la fraction de cent ne disparaît pas un jour ou l’autre, l’industrie du disque nord-américaine continuera de reculer chaque année à un rythme de cinq à six pour cent. En fait, l’une des raisons qui ont permis à Nettwerk de prospérer face à ce déclin continu est que 90 pour cent de ses recettes proviennent de l’extérieur du Canada.

Les signes sont là. Il faut abandonner les vieilles façons de faire. L’industrie du disque doit avancer, et rapidement en plus, pour s’adapter à la nouvelle réalité de la diffusion continue de musique.

Les points de vue exprimés dans cet article et les autres commentaires qui figurent dans ce blogue ne sont pas nécessairement ceux de la SOCAN.

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Au sujet de Terry McBride

Terry McBride est le PDG et cofondateur de Nettwerk Music Group, qui comprend Nettwerk Productions (la plus importante étiquette de disques indépendante du Canada), Nettwerk Management (gérance d’artiste et de producteur), Nettwerk One (édition musicale), et Artwerks (design graphique et de mode). Fondée dans l'appartement de McBride en 1984, Nettwerk a maintenant des succursales à Vancouver, Boston, Los Angeles, New York, Hambourg et Londres. Nettwerk compte plus de 160 millions d'albums vendus dans le monde, fruits du travail d’artistes de renom tel qu’Avril Lavigne, Coldplay, FUN., Passenger et Sarah McLachlan. McBride s’est exprimé à des dizaines de conférences internationales à propos du marketing social, de l’identité commerciale numérique, des droits de propriété intellectuelle et de l'avenir en ce qui a trait à la consommation de la musique. En 2008, il a coécrit un article intitulé « Meet the Millennials » qui est devenu un modèle de marketing pour les musiciens dans l'espace numérique. Passionné de yoga, Terry McBride a lancé conjointement une chaîne de centres de bien-être nommée YYoga. La vision qu’a Terry McBride pour les studios YYoga est de les positionner comme des tiers espaces sociaux, en mettant l'accent sur ??la santé et le bien-être pour le corps, l'esprit et la communauté. La relance de Nutone Music est le plus récent effort de Terry McBride combinant ses deux passions principales, et englobant les sphères musicales des chants dévotionnels, de la musique du monde et au-delà. En 2003, McBride a reçu le Prix Walt Grealis pour sa contribution exceptionnelle à la croissance et à l'avancement de l'industrie de la musique canadienne. Terry a également reçu deux fois le prix de l'industrie Pollstar de l’imprésario de l'année pour son travail avec Sarah McLachlan (1997) et Avril Lavigne / Coldplay (2002).

Commentaires

  1. Julie

    En quoi consiste concrètement la diffusion continue? Je pense que si la musique est trop diffusée, c’est qu’elle a un but uniquement commercial. Pourtant, ce sont ce genre de musique qui pourrissent notre monde. Tout est fait pour attirer les yeux et on ne se gêne pas pour se mettre nu devant les caméras.

    répondre

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