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Survivre à un « non »

publié 12/13/2016

Par Savannah Leigh Wellman

L’impact positif des programmes de développement artistiques sur la scène musicale canadienne — bourses et concours de toute sorte — est indéniable. Les artistes qui se donnent la peine de comprendre cette industrie voient rapidement leur musique non seulement comme une forme d’art, un passe-temps ou une prise de risque, mais également comme une entreprise viable à l’intérieur de laquelle ils peuvent apprendre à utiliser certains outils pour bâtir leur carrière. Le financement accordé à un artiste est immédiatement réinvesti dans leur industrie. Les programmes comportant un volet de mentorat ou de rencontres professionnelles offrent des occasions inestimables de rencontrer des « initiés » et de créer des contacts qui, vraisemblablement, en d’autres circonstances, n’existeraient pas. Être sélectionné pour un programme ou une bourse est presque toujours un coup de pouce inespéré et un « boost » pour la confiance d’un artiste.

Mais que se passe-t-il lorsque le fait d’être laissé à l’écart de ces occasions provoque l’effet contraire : découragement et doute chez des personnes souvent déjà passablement autocritiques ? Cela peut créer des divisions au sein même de la communauté que ces programmes visent à soutenir, ou entraîner des jugements ou des sentiments que tout est dû à certaines personnes. Loin de dire que ces programmes ne devraient pas exister — ils jouent un rôle crucial dans les carrières des artistes émergents, rôle que les maisons de disques ne peuvent généralement plus remplir. La question se pose alors : comment pouvons-nous aider ces artistes rejetés à ressortir grandis de cette expérience, plutôt qu’abattus ?

Quiconque a déjà travaillé avec un artiste comprend qu’un esprit créatif est souvent un esprit sensible, et c’est précisément cette sensibilité qui rend un artiste intéressant pour son auditoire et ce qui lui confère sa perspective unique sur la condition humaine. Lorsque votre produit est si intime et personnel, les critiques peuvent paraître d’autant plus acérées, et les artistes en début de carrière n’ont pas toujours acquis les mécanismes de défense de leurs pairs plus expérimentés. Ils n’ont pas encore de légions d’admirateurs leur envoyant des messages de soutien ou des succès sur lesquels s’appuyer pour se rassurer, tout comme ils n’ont souvent pas encore d’agents ou d’équipe pour les aider à garder un esprit positif. Pour un artiste qui tente de percer seul, des blessures à la confiance en soi peuvent avoir des conséquences bien réelles.

D’abord, demandons-nous pourquoi le fait de ne pas être sélectionné pour un programme ou un autre est perçu comme une critique. Comment se fait-il qu’un artiste ne puisse pas simplement faire fi d’un refus et passer à un autre appel ? Je crois que c’est attribuable au fait que lorsque l’on met sa musique en jeu afin qu’elle soit jugée, critiquée et évaluée, il est pratiquement impossible de ne pas en faire une affaire personnelle. On se sent comme si quelqu’un examinait tout ce que nous nous sommes désâmés à créer pour ensuite décider que c’est sans valeur, alors qu’en réalité c’est tout simplement qu’il n’y a pas assez d’argent, de places dans la vitrine ou de prix à attribuer à tous ceux qui le méritent.

La chose la plus importante à garder à l’esprit lorsque vous mettez votre musique en jeu d’une manière ou d’une autre, c’est que l’art est intrinsèquement subjectif. Même s’il existe des lignes directrices pour en mesurer certaines composantes plus concrètes (une mélodie puissante, une réalisation professionnelle, des paroles captivantes), tout se résume, en fin de compte, à l’opinion d’un individu. D’ailleurs, l’industrie de la musique a-t-elle jamais été unanime sur ce qui est bon ou non ? Ce n’est pas parce qu’un petit groupe de personnes qui ont un pouvoir décisionnel sur votre demande ont jugé que votre musique n’était pas meilleure que celle qu’ils ont écoutée juste avant qu’un autre groupe sera du même avis.

Certains programmes offrent également des commentaires aux participants qui le désirent, et cela peut être fort utile pour avancer et s’améliorer. Tout est une question de savoir prendre les choses avec un grain de sel et, lorsque vous êtes d’accord avec certaines de ces suggestions, allez-y ! Suivez-les.

D’autres fois, plutôt que de provoquer de l’insécurité, un « non » va déclencher des sentiments de colère et une réaction défensive. « Mais j’ai fait ceci, et je mérite cela ! »  Ou encore un réflexe de comparaison : « Mais pourtant j’ai fait ceci, et pas eux ! » Ces états d’esprit engendrent de la négativité et de la compétitivité au sein d’une scène musicale, et ils peuvent même créer de la jalousie et du ressentiment envers des artistes qui autrement méritent tout notre soutien. Il est important de se souvenir que tout le monde trime dur et que le succès des autres n’enlève rien au vôtre.

Si vous êtes préoccupé pour une question de procédure ou de politique, que vous souhaitez vous assurer que certaines normes sont respectées, ou que les processus sont transparents et accessibles, il est avisé d’en discuter avec la personne responsable. Il est toutefois crucial de présenter vos arguments de manière impartiale et rationnelle et non pas comme une défense basée sur vos émotions. Ne mettez pas l’accent sur le fait que vous n’avez pas été retenu, mais sur la directive ou la politique qui vous semble contre-productive, ainsi qu’à d’autres artistes.

Nous avons une chance inouïe de vivre dans un pays comme le Canada qui soutient l’art et la culture ; c’est unique au monde. Et même si c’est parfois décourageant de faire des demandes de soutien et de ne pas être retenu, il est important de ne pas perdre de vue que la vraie raison pour laquelle vous avez commencé à faire de la musique : il y a fort à parier que votre objectif n’était pas de gagner des concours ou enregistrer des albums, mais seulement si quelqu’un d’autre en assumait les frais.

Tous les musiciens ont leurs histoires de rejet, mais ce sont ceux qui persévèrent qui ont les meilleures chances d’avoir une carrière couronnée de succès.

 

Savannah Leigh Wellman fut, pendant huit ans, directrice des programmes à la Music BC Industry Association et est elle-même artiste sous le nom de scène de SAVVIE, en plus d’être cofondatrice de Tiny Kingdom Management & Artist Services.

Noble œuvre

publié 10/28/2016

Par Andrew Berthoff

Depuis que les gens des Nobel ont annoncé que le brillant auteur-compositeur Bob Dylan était le lauréat du Prix Nobel de littérature 2016, on me demande souvent ce que j’en pense. Mes proches connaissent mes études et ma passion pour la littérature ainsi que mon parcours professionnel en communication et marketing au sein de l’industrie de la musique, c’est donc logique de me poser la question.

Alors… J’en pense quoi??

Je crois que c’est fantastique pour la noble et honorable profession de création musicale. J’adore le fait que cela mette en lumière le combat noble et honorable de la SOCAN, soit de défendre les droits des créateurs et éditeurs de musique. Ne serait-ce que pour ça, j’aime cette décision.

J’ai toutefois — à l’instar de Dylan lui-même, je crois — l’impression que ce Prix est inapproprié, ne serait-ce que parce que le principal intéressé aime la simplicité dans son métier et son travail. Ni plus ni moins. Il affirme que « Blowin’ in the Wind » a été créée en 20 minutes. Elle lui est venue naturellement, les muses l’inspirant avec urgence et aisance, comme elles le font quasi miraculeusement, mais tout aussi rarement.

L’écriture de chansons et la composition de musique sont presque toujours un dur, dur labeur. Il y a quelques rares exemples de classiques instantanés, tout comme il y a des chefs-d’œuvre de Picasso qui ont été créés en quelques minutes. Mais la vaste majorité des chansons et autres œuvres musicales nécessitent, figurativement, de suer sang et eau — et un temps considérable à compléter.

Si Bob Dylan se prenait vraiment au sérieux et avait une attitude précieuse face à son travail, il aurait sûrement une opinion différente de se voir décerner — et encore moins d’accepter — le Prix Nobel de littérature. Le fait qu’il soit si humble et insaisissable à propos de son art rend justement cet honneur d’autant plus compliqué.

J’ai tendance à croire que d’accorder le Prix Nobel de littérature à un auteur-compositeur est un coup de publicité brillant et sans doute calculé. Il surprend et réjouit. Il fait parler les gens. Tout comme une grande œuvre d’art, il suscite une réaction, et celle-ci n’a pas à être positive pour qu’il soit considéré comme réussi. La controverse crée l’intérêt et sensibilise. En choisissant l’insaisissable et capricieux Bob Dylan, les responsables ont sans doute anticipé que sa réaction, ou plutôt son absence, en l’occurrence, ajouterait un peu d’intrigue et attiserait la controverse entourant ce choix.

Ce coup publicitaire pourrait toutefois nuire à l’image de marque « Nobel ». Les grands maîtres de la littérature qui s’offusquent de ce choix sont nombreux et plus véhéments même que lorsque le Prix Nobel de la paix avait été accordé à Barack Obama après relativement peu d’années en poste. Mais dans toute remise de prix subjective, la liste des gens qui n’ont pas reçu ce prix remet inévitablement en question la liste des lauréats. L’inférence, ici, c’est que Bob Dylan serait un plus grand auteur que Joyce, Proust ou Nabokov.

Même si la réputation du Prix Nobel a peut-être souffert, ce qui n’a rien pour me plaire, j’aime toutefois le fait que la crédibilité de l’écriture de chansons en tant que forme d’art respectable a pris du gallon.

Le Prix Nobel en sciences économiques a été instauré en 1969, et peut-être que la solution à l’actuelle controverse serait que l’institution plus que centenaire instaure une nouvelle catégorie : Le Prix Nobel en Musique. Ça tombe sous le sens et ça permettrait aux Prix de prendre de l’expansion. Tout comme les nouvellistes, les dramaturges et les poètes peuvent être en lice pour le Nobel de littérature, tous les types de créateurs musicaux pourraient l’être pour le Nobel en musique.

Et je m’attendrais de plus à ce que des membres SOCAN comme Leonard Cohen et Joni Mitchell en soient de futurs lauréats.

La diffusion continue exige un nouveau modèle d’affaires

publié 11/5/2014

Par Terry McBride

La diffusion continue est l’avenir de la consommation de musique.

D’après les chiffres de Nielsen de 2013, la diffusion continue de musique a augmenté de 32 pour cent par rapport à l’année précédente à 118,1 milliards de diffusions. Dans l’ensemble, les ventes de musique ont fléchi de 6,3 pour cent à environ 1,5 milliard de pistes, d’albums et de vidéos. Les ventes numériques de musique (les téléchargements) ont également chuté, soit de 6 pour cent, environ au même rythme.

L’Association de l’industrie du disque d’Amérique du Nord (RIAA) a récemment annoncé que les revenus des services de diffusion continue de musique ont surpassé ceux des ventes de CD, et se situent à un cheveu des ventes totales de musique sur support matériel. La RIAA affirme également que la diffusion continue représentait désormais 27 pour cent des revenus de l’industrie du disque dans la première moitié de 2014, contre 20 pour cent l’année précédente.

Environ 35 pour cent des revenus de ma maison de disques, Nettwerk Records, proviennent déjà de la diffusion continue, et cette proportion ne fera qu’augmenter dans les années à venir.

Lorsque la musique est diffusée en ligne, les auteurs-compositeurs en Amérique du Nord sont actuellement en grande majorité sous-payés pour la musique qu’ils créent, des fractions de millième de cent pour chaque diffusion continue (bien que, comme  le chef de la direction de la SOCAN Eric Baptiste l’a souligné dans le dernier blogue de la SOCAN, il y ait des raisons à cela). Il en va généralement de même pour les interprètes et les petites maisons de disques dont la musique est diffusée en ligne. C’est pourquoi la diffusion continue ne compense pas le déclin des ventes matérielles et des téléchargements en Amérique du Nord.

La solution à ce problème pour les compagnies de disques est de demander un pourcentage des revenus gagnés par les entreprises de diffusion continue au lieu d’un pourcentage « par écoute » (ou dans ce cas, « par diffusion »). La solution doit également créer des accords équitables entre les étiquettes et leurs artistes leur assurant d’être correctement rémunérés après de telles négociations.

Il y a une bonne part de résistance générationnelle à cette idée. Les générations passées croient fermement que les taux de rémunération sur les enregistrements doivent être établis par un organisme de réglementation gouvernemental. Mais dans le monde en ligne, où les frontières ont de moins en moins de signification, où une chanson peut être diffusée à une seule personne au lieu de l’être à des centaines de milliers comme à la radio, et où les revenus des entreprises de diffusion continue sont écrasés par de nombreux autres beaucoup plus importants comme ceux des médias traditionnels comme la télévision et la radio, le seul moyen concret d’avancer est d’abandonner la réglementation fondée sur les fractions de cent et de négocier des accords de pourcentage directement avec les sociétés de diffusion continue. En plus du paiement pour accéder à leur musique, les grandes étiquettes de disques tirent déjà des revenus des entreprises de diffusion continue de musique.

Cette approche peut fonctionner. En fait, elle le fait déjà. Les pays nordiques européens constatent une croissance de la diffusion continue de musique, et leurs artistes y trouvent une part importante de leur gagne-pain. L’industrie norvégienne du disque constate que les revenus de la diffusion continue étaient en hausse de 66 pour cent dans la première moitié de 2013. Les revenus de la diffusion continue représentent les deux tiers des revenus totaux de la musique en Norvège. Il en va de même en Suède, en Finlande et au Danemark. L’industrie musicale de la Suède a repris un taux de croissance dans les deux chiffres, même si environ 90 pour cent de la musique consommée dans ce pays provient de la diffusion continue.

En comparaison, si le principe de la fraction de cent ne disparaît pas un jour ou l’autre, l’industrie du disque nord-américaine continuera de reculer chaque année à un rythme de cinq à six pour cent. En fait, l’une des raisons qui ont permis à Nettwerk de prospérer face à ce déclin continu est que 90 pour cent de ses recettes proviennent de l’extérieur du Canada.

Les signes sont là. Il faut abandonner les vieilles façons de faire. L’industrie du disque doit avancer, et rapidement en plus, pour s’adapter à la nouvelle réalité de la diffusion continue de musique.

Les points de vue exprimés dans cet article et les autres commentaires qui figurent dans ce blogue ne sont pas nécessairement ceux de la SOCAN.